Riposter face à la sous-enchère salariale

Jean Tschopp, député PS et juriste au syndicat UNIA Vaud, dans le 24heures du 17 mars 2016

Grâce à une politique d’investissement ambitieuse, le développement de nos infrastructures a pris des proportions jamais atteintes auparavant. Nouvelle gare de Lausanne, Pôle muséal, Métamorphose, agrandissement du CHUV, nouveau stade de foot, future patinoire de Malley : ce développement s’accélérera encore ces prochaines années. Le secteur de la construction continuera d’en profiter. Dans le canton, il représente déjà près de 25% des emplois. À l’autre bout de la chaîne, les conditions de travail des ouvriers de la construction préoccupent. Semaine de 50 à 60 heures, délais de plus en plus serrés, précarité des emplois temporaires, concurrence des travailleurs détachés, sous-traitance en chaîne, faillites à répétition : ces phénomènes, qui devaient constituer l’exception, ont pris des proportions considérables. La sous-enchère salariale et sociale est une pression permanente. Les partenaires sociaux et l’Etat de Vaud n’ont pas attendu pour agir en introduisant un système de badges certifiant des conditions de travail conformes à la Convention collective de travail et le paiement des cotisations sociales (pour les entreprises affiliées à la Fédération vaudoise des entrepreneurs) et en sanctionnant les abus. Reste que quand des employés au noir ou travailleurs détachés sont payés largement en dessous des minima salariaux ou privés de toute couverture face à des employeurs voyous déniant toute responsabilités, les moyens d’obtenir rapidement les arriérés de salaires sont faibles. L’été dernier, les Vaudois découvraient les conditions d’exploitation d’ouvriers polonais à Ste-Croix payés 8 € de l’heure pour des journées de 10 à 12 heures de travail, contraints de dormir sur le chantier contre un loyer de 600 €/mois. Plusieurs semaines de grève avec le soutien du syndicat Unia auront été nécessaires pour obtenir le paiement des salaires. Face à cette sous-enchère, d’autres cantons, comme Fribourg, ont musclé leurs sanctions, avec quelques résultats déjà. Tout employeur engageant un travailleur non-déclaré, s’expose désormais à un arrêt de son activité, à charge pour lui de s’acquitter des salaires et cotisations sociales. Ce mécanisme doit permettre au maître d’ouvrage de mandater une nouvelle entreprise pour redémarrer le chantier dans les plus brefs délais et réduire tout préjudice. L’arrêt des travaux mettra l’entreprise en cause face à ses responsabilités et incitera les maîtres d’ouvrage à être beaucoup plus attentifs dans le choix de l’entreprise et des sous-traitants pour éviter tout risque de sous-enchère. Pour des pans entiers de notre économie et pour de nombreux travailleurs, la libre circulation ne se fait pas sans douleur. Face à la sous-enchère salariale, il est impératif de riposter.

 

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