Interpellation: Un curieux sondage sur la sécurité dans les quartiers de Chauderon, Riponne et Tunnel

 

Robert Joosten, Conseiller communal. Interpellation déposée le 23 mai 2017

Robert Joosten, Le 27 avril dernier, 3000 habitants des quartiers de Chauderon, de la Riponne et du Tunnel (dont le premier signataire de cette interpellation) ont reçu une lettre intitulée « Sondage sur la sécurité dans votre quartier » de la part du Municipal de la sécurité et de l’économie Pierre-Antoine Hildbrand. Cette lettre les invitait à remplir un questionnaire en ligne à l’adresse http://www.securitelausanne2017.ch/ et les informait qu’il s’agissait d’un sondage mené par l’Unité de criminologie de l’UNIL sur mandat de la Police de Lausanne.

Le délai pour répondre était extrêmement court (8 mai 2017), les questions étaient pléthoriques (il y en avait 75) et certaines étaient assez particulières, voire problématiques à notre avis.

Plusieurs questions évoquent l’environnement social, sans que ce terme ne soit défini nulle part. Par exemple « De manière générale, comment jugez-vous l’environnement social de votre quartier d’habitation ? Est-il mauvais ou bon ? » (question 1).
Plusieurs questions stigmatisent les toxicomanes, les mendiants, les groupes de jeunes et les marginaux, notamment la question 13 : « Lorsque vous marchez seul(e) dans votre quartier d’habitation après la tombée de la nuit, évitez-vous volontairement, pour des raisons de sécurité, certains endroits ou certaines personnes » qui propose parmi les réponses possibles « Oui, j’évite certaines personnes (ex. toxicomanes, mendiants, groupes de jeunes) » ou « Oui, j’évite certaines places et rues (ex. rues mal éclairées, endroits fréquentés par des marginaux) ».
Certaines questions présupposent qu’il y a eu des actes criminels ou des incivilités dans le quartier, par exemple la question 17 « Face aux actes criminels ou incivilités commis dans votre quartier d’habitation, que ressentez-vous ? » alors qu’il se peut très bien que le sondé n’ait jamais vécu d’acte criminel ou d’incivilité dans son quartier.
La question 19 est aussi assez particulière pour ne pas dire sexiste : « De manière générale, pensez-vous être capable de vous défendre physiquement face à une personne de même corpulence que vous ? » avec deux sous-questions, selon qu’il s’agit d’un homme ou d’une femme de même corpulence.

La plupart des autres questions ne nous paraissent pas problématiques en tant que telles. Nous notons tout de même qu’il y a également une question relative au futur espace de consommation sécurisé : « Etes-vous favorable à l’ouverture d’un espace sécurisé pour la consommation de stupéfiants en ville de Lausanne ? » (question 71).

Le premier signataire de l’interpellation a commencé à répondre au questionnaire, mais a abdiqué après une vingtaine de questions. Nous pensons que seuls les habitants très motivés ont répondu à ce sondage. Et les gens très motivés, ce sont probablement les habitants qui se sentent très peu en sécurité et/ou qui sont fâchés contre la politique de la Municipalité en termes de sécurité.

Certains sondés ont peut-être apprécié de savoir que la Police se soucie de leur sécurité. Mais ce sondage peut aussi faire peur aux habitants des quartiers concernés et instiller un sentiment d’insécurité qui n’est pas forcément présent. Sans oublier une possible stigmatisation des habitants de ces trois quartiers.

Pour les personnes n’ayant pas accès à internet, la lettre nous informe que le questionnaire peut être obtenu sous forme papier au poste de police du Flon ou à l’Hôtel de police. A notre sens, il aurait mieux valu joindre le questionnaire à la lettre du 27 avril afin que les personnes sans accès à internet ou peu à l’aise avec les nouvelles technologies ne soient pas désavantagées.

Le 8 mai dernier, date délai pour répondre au sondage, un article intitulé « Les Lausannois les plus exposés au crime sondés » est paru  dans le quotidien 24 Heures. Cet article présentait brièvement la démarche du sondage et confirmait que celui-ci avait été lancé sur mandat de la police lausannoise.
Nous nous permettons donc de poser les questions suivantes à la Municipalité :

  • Ce sondage a-t-il été commandé par la Police de Lausanne (comme indiqué dans la lettre du 27 avril) ou initié par l’Unité de criminologie de l’Ecole des sciences criminelles de l’Université de Lausanne ?
  • Cette initiative a-t-elle été validée par la Municipalité dans son ensemble ou uniquement par le Municipal de la sécurité et de l’économie ?
  • La Municipalité (respectivement le Municipal de la sécurité et de l’économie) ont-ils eu connaissance des questions avant le lancement du sondage ?
  • La Municipalité sait-elle si le questionnaire a été validé par une commission d’éthique de l’UNIL ou par le comité d’éthique du Corps de police ?
  • Y a-t-il eu un communiqué de presse de la Ville de Lausanne pour annoncer ce sondage ? Si ce n’est pas le cas, pourquoi une telle discrétion autour de ce sondage ?
  • Pour quelle raison ce sondage cible-t-il les quartiers de Chauderon, Riponne et Tunnel et pas d’autres quartiers voire toute la ville ?
  • Ce sondage a-t-il un lien avec le débat sur l’espace de consommation sécurisé comme pourrait le laisser penser la question 71 ? Si oui, la Municipalité compte-t-elle utiliser les données recueillies par ce sondage dans le dossier de l’espace de consommation sécurisé, que ce soit lors du vote au Conseil communal ou lors d’une éventuelle campagne référendaire ?
  • Les résultats de cette étude sur la sécurité seront-ils rendus publics ? En particulier, les sondés seront-ils personnellement informés des résultats ?

Nous remercions d’avance la Municipalité de ses réponses.

 

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