Interpellation – Pour un « Plan canicule » de la Ville de Lausanne

Anne Françoise Decollogny, conseillère communale. Postulat déposé le 3 octobre 2017.

L’été 2017 a connu plusieurs épisodes de canicule, comme l’année 2015 et d’autres étés précédemment. Les scientifiques s’accordent à dire que les phénomènes extrêmes, dont les canicules, vont se multiplier dans les années à venir. Selon une étude publiée dans « Lancet Planetary Health »[1], les vagues de chaleur seront le phénomène extrême qui occasionnera le plus grand nombre de décès, soit 99% des décès liés aux changements climatiques. A cet égard, la canicule de 2003, première grande vague de chaleur récente, a fait plus de 70’000 morts en Europe et environ 1000 en Suisse. Il faut également mentionner les hospitalisations et épisodes de maladie liés à des températures excessives, tels que les désydratations, les malaises cardio-vasculaires et autres symptômes aggravés par la chaleur chez les personnes atteintes de maladies chroniques.

Et qui dit chaleur excessive dit également smog estival, causé par de longues périodes de soleil sans vent. « Comme les années précédentes, au nord des Alpes, les moyennes horaires de l’ozone dépassent les valeurs limites d’immission », indique l’OFEV[2]. La pollution à l’ozone peut provoquer une hyper-réactivité bronchique, qui va entraîner des crises d’asthme et des bronchites. Elle peut être, également, à l’origine d’irritations oculaires, du nez et de la gorge.

Le Plan Canicule de l’Etat de Vaud, largement diffusé, cible les personnes âgées d’une part, les enfants d’autre part. Dans les deux cas, le plan préconise des mesures et précautions s’adressant aux personnes particulièrement vulnérables et aux institutions qui les accueillent (EMS, écoles, crèches-garderies, notamment). Réduire son activité, aérer la nuit, boire régulièrement, sont quelques exemples de recommandations qui se déclinent tant pour les enfants que pour les personnes âgées. Ce plan renvoie donc à une responsabilité individuelle ou institutionnelle et s’arrête là.

La répétition des phénomènes extrêmes, dont la canicule est l’une des expressions, amènent les villes à prendre également des mesures, puisque la température est généralement plus élevée en milieu urbain. La prééminence du bitume, les façades, les toits de cuivre (qui peuvent atteindre 70 à 80°), les voitures parquées ou circulant, entraînent une élévation de la température. Le bitume, par exemple, emmagasine 80 à 95% de la lumière solaire alors que les revêtements de couleur claire la réfléchissent et font baisser la température au sol de manière importante.

Face aux épisodes de canicule qui se sont produits cette année dans une bonne partie de l’Europe, des Etats-Unis et de l’Asie, les villes ont leur rôle à jouer[3]. Plusieurs d’entre elles ont pris des mesures, dont les médias se sont fait l’écho. Elles ont expérimenté des mesures telles que l’arrosage des rues. A Paris, les arroseuses municipales ont permis une baisse allant jusqu’à 15° (on peine à le croire). Los Angeles a peint en blanc des rues dont on nous dit que la baisse de température a atteint 10°. Ainsi que des toits peints de couleur claire à New York. Séoul a remis à l’air libre une rivière couverte. Tokyo stocke l’eau de pluie pour arroser les trottoirs. Tout près de chez nous, la Ville de Sion a mis au point un plan « AcclimataSion » avec des mesures telles que l’obligation de teintes claires dans les zones à bâtir (on relèvera que plusieurs bâtiments récemment construits à Lausanne sont de couleur anthracite, brun foncé voire noire…), notamment.

La Ville de Lausanne, quant à elle, a mis en oeuvre une politique active en matière de développement durable se déclinant par des développements importants des transports publics, des mesures visant le report modal (subsides à l’achat de vélos électriques, pistes cyclables, etc.), la production d’énergie renouvelable, la construction de bâtiments répondant à des normes énergétiques, la mise en place de la politique  « nature en ville », la promotion de la biodiversité, le développement de l’arborisation des rues, la création de bandes herbeuses, les subsides pour la végétalisation des toitures, notamment, toutes mesures qui ont un impact positif sur la température. Cette politique vise globalement une meilleure qualité de vie et le respect des ressources naturelles mises à notre disposition et participe à la lutte contre les changements climatiques.

Il nous paraît toutefois que la Ville pourrait prendre un certain nombre de mesures complémentaires à celles déjà en vigueur dans le cadre de la politique de développement durable, qui viseraient plus spécifiquement une baisse de la température dans l’espace public, et a fortiori dans les appartements et sur les lieux de travail, de manière à faire face spécifiquement aux fortes chaleurs prévisibles.

Deux types de mesures peuvent être envisagés, soit des mesures préventives ou structurelles d’une part, et des mesures ponctuelles lors de la survenue d’épisodes de canicule d’autre part.

Parmi les mesures structurelles et préventives, plusieurs sont mentionnées ci-dessus, voire déjà pratiquées à Lausanne. La Confédération a élaboré des recommandations, qui sont évoquées dans le dernier numéro du magazine Environnement « S’adapter aux changements climatiques » (OFEV, 3/2017).

Ainsi les fontaines, jets d’eau, bassins, que les pays du sud connaissent de longue date, sont des mesures favorisant la baisse de la température lorsque survient un épisode de canicule ; elles pourraient être plus systématiquement prévues lors d’aménagements de places ou de rues. Des exigences touchant aux nouveaux plans de quartier, aux constructions ou aux rénovations de bâtiments devraient également être prises en compte dès la planification, telles la couleur, l’isolation et la longueur des façades, l’orientation des bâtiments et la structure des toitures. La désimperméabilisation de  certains sols, remplacée par du gravier clair ou de l’herbe, la mise en place de petits ilôts de verdure sont autant de mesures qui contribuent à baisser la température. La mise en place de couverts ou de toiles de tente sur les places, à l’exemple de la grande toile tendue au-dessus de la Place de la Palud lors du Festival de la Cité (lorsque l’arborisation n’est pas de mise) pourrait s’étendre sur les mois d’été et être installés sur d’autres places. Les arcades, les portiques, toutes structures qui réservent des ilôts de fraîcheur en ville, pourraient être encouragés.

On pourrait penser que des mesures structurelles, telles qu’évoquées ci-dessus, sont en contradiction avec la politique de densification. Il nous paraît toutefois qu’une densification bien conçue se doit de tenir compte des différentes évolutions climatiques, qu’il s’agisse de canicules, de fortes pluies ou de périodes prolongées de sécheresse.

Des mesures ponctuelles, tel l’arrosage des rues pratiqué en soirée, pourraient être prises lors de la survenue d’une vague de chaleur. Plutôt qu’en matinée comme on a pu le constater de temps en temps cet été.

Ce postulat a donc pour but de demander à la Municipalité d’étudier la création d’un Plan Canicule, soit un programme de mesures visant la diminution de la température lors d’épisodes de forte chaleur, des mesures tant structurelles, durables et préventives que des mesures ponctuelles lors de la survenue desdits épisodes.

[1] The Lancet Planetary Health, Août 2017. Cité dans Le Temps, 10 août 2017.

[2] Cité dans Le Temps, 10 août 2017 « L’Europe en proie au climat extrême ».

[3] Ces mesures sont décrites dans 24 Heures, 23 juin 2017 « Comment atténuer la fournaise des villes ».

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