Natacha Litzistorf, présidente des Verts lausannois
Rebecca Ruiz, présidente du Parti socialiste lausannois
Tribune parue dans 24 heures du vendredi 17 septembre 2010
On aura tout entendu durant la (brève) campagne sur la suppression de l’impôt sur les divertissements à Lausanne. Que cet impôt est une sorte de vestige à balayer. Que la culture lausannoise est moribonde, et qu’il faut par tous les moyens lui redonner vie. Que tous les artistes qui venaient à Lausanne ne s’intéressent désormais plus qu’à Genève ou Zurich. Que Lausanne est devenue une ville de ploucs obtus. Il est temps de revenir à quelques constats plus proches de la réalité.
Pour commencer, l’argument selon lequel Lausanne devrait imiter d’autres villes suisses en supprimant cet impôt est inconsistant. Depuis quelques années, Lausanne est devenue, avec sa politique culturelle et son impôt sur les divertissements, une place incontournable sur l’arc lémanique. Il ne faut donc pas copier mécaniquement les erreurs d’autres villes, mais bien montrer l’exemple, comme Lausanne, notamment en matière de culture.
En dépeignant Lausanne comme une ville ennuyeuse et étouffée, les initiants ont tout faux. Le mémento des spectacles et concerts du journal que vous tenez entre les mains en est une preuve concrète!
Ensuite, on entend beaucoup les marchands de divertissements déplorer l’existence de l’impôt pour justifier le petit nombre de concerts à Lausanne. Or la principale raison de cet état de fait n’est pas l’impôt, mais l’existence de l’Arena de Genève, qui offre une infrastructure parfaitement adaptée aux grands concerts! De plus, à l’ère de la mobilité, on ne trouve plus grand monde pour se plaindre d’une demi-heure de transport pour assister à un concert au bout du lac, c’est-à-dire moins que le temps de parcours de Praz-Séchaud à la Pontaise… Là encore, les initiants sont bien loin des réalités du temps.
En 2009, les recettes de l’impôt sur les divertissements s’élevaient à 6 millions de francs. Qu’affirme la droite lausannoise? Elle se moque purement et simplement des contribuables et clame que 6 millions ne représentent que des «cacahuètes». Mais avec 6 millions, on garantit la sécurité publique en payant 50 policiers, on propose 250 places de garderie aux parents qui travaillent, on subventionne une institution culturelle comme l’Orchestre de chambre, ou on construit une maison de quartier comme celle de Chailly.
Si l’impôt venait à disparaître, cet argent profiterait à quelques-uns au lieu de servir à toute la collectivité. Là encore, le décalage est palpable entre les besoins réels des habitants et le discours des initiants!
Enfin, ce dont les promoteurs de la suppression de l’impôt ne parlent jamais, c’est le contre-projet indirect qui entrera en vigueur si l’initiative est rejetée. Exonération d’impôt pour les associations locales, les spectacles pour jeunes ou aînés, les matches des équipes de sport lausannoises… Ce qui dérange les initiants? Les exploitants de boîtes de nuit, qui ont cofinancé la campagne, n’en tireront au- cun profit…
Il faut se rendre à l’évidence. La vie lausannoise est exceptionnelle, et Lausanne est une vraie exception culturelle! En bousculer les financements, c’est la mettre en danger. Voter non, c’est la préserver.