Conseil communal

Mardi, 27 septembre 2011

Motion : Pour une politique lausannoise du logement des jeunes en formation

Benoît Gaillard  – déposée le 27 septembre 2011

Pour une politique lausannoise du logement des jeunes en formation

Dans le cadre de manque aigu de logements pour les jeunes en formation en période de rentrée, la présente motion demande à la Municipalité d’intégrer cette problématique dans sa politique du logement. Il est notamment suggéré de privilégier des modèles de micro-mixité au sein d’un même immeuble, en réservant quelques appartements aux jeunes en formation.

Introduction

Lausanne est une ville de formation. L’Université et l’Ecole polytechnique qui portent son nom en attestent, tout comme la présence, dans la région lausannoise, de sept sites de la Haute Ecole de Suisse occidentale. Le tableau est complété par plusieurs écoles professionnelles, ainsi que par plusieurs offres de formation privées dans divers domaines.

Si ce statut contribue largement à faire rayonner le nom de la ville au plan international, il entraine également quelques effets secondaires, tels qu’une pression supplémentaire sur le marché du logement. Or, la situation dans ce domaine est connue : avec un taux de logements vacants ne dépassant pas 0.2% depuis plusieurs années dans les districts de Lausanne et de l’Ouest lausannois, une pénurie grave sévit en ce moment        .

Cette tension extrême sur le marché du logement frappe naturellement les jeunes, et en particulier les jeunes encore en formation n’exerçant pas d’activité rémunérée. En effet, ils ne peuvent souvent présenter aux bailleurs que peu de garanties et sont considérés comme des locataires potentiellement instables. Le raccourcissement des cycles d’études universitaires, notamment, défavorise l’installation durable pour des étudiants, par exemple.

Après une accalmie en 2007, depuis 2008, à chaque rentrée, le problème se repose : il y a trop de jeunes en formation à loger dans l’agglomération, et ceux-ci font partie de ceux qui restent sur le carreau pour les raisons évoquées ci-dessus. Plusieurs centaines de logements manquaient à l’appel dans la période d’août-septembre ces quatre dernières années. Cette année, le Service des affaires socio-culturelles de l’Université de Lausanne, également chargé d’un portail commun avec l’EPFL, annonce qu’il manque, pour la rentrée 2011, environ cinq cents chambres[1].

Action actuelle des pouvoirs publics

Un certain nombre de structures sont chargées de la question du logement des jeunes en formation dans la région lausannoise. Au premier rang de celles-ci figure la Fondation maison pour étudiants, Lausanne (FMEL), créée en 1961 par le Canton, la Ville et l’Université et rejointe depuis par l’EPFL. Depuis 2009, celle-ci est également ouverte aux étudiants de HES. La FMEL devrait jouer le rôle de principal acteur pour le logement des étudiants dans la région de formation lausannoise. Or, force est de constater que l’offre n’est pas à la hauteur des besoins. La FMEL offre un peu plus de 950 chambres, pour une population étudiante de l’agglomération dépassant 20’000 étudiants inscrits dans une filière de bachelor ou de master[2]. A ces chambres s’ajoutent celles que proposent quelques foyers[3] situés à Lausanne.

A titre de comparaison, l’offre publique et subventionnée destinée aux étudiants est nettement supérieure à Genève avec près de 2000 chambres pour une population inscrite en bachelor ou master restant inférieure à 20’000 étudiants[4].

Par ailleurs, les jeunes en formation peuvent bénéficier d’un logement subventionné, pour autant qu’ils soient Suisses ou titulaires d’un permis B ou C, suivent une formation dans l’une des communes de Lausanne Région, soient au bénéfice d’une bourse ou exercent une activité accessoire et puissent justifier leur demande par un motif précis.

Possibilités d’élargissement

On le voit, la situation du logement des jeunes en formation à Lausanne est difficile. Celle des jeunes suivant une formation autre que qu’un bachelor ou un master est parfois encore plus compliquée. Ces cycles de formation étant plus courts, ils occasionnent une difficulté supplémentaire à obtenir des logements sur le marché libre et empêchent les étudiants concernés d’accéder aux logements de la FMEL et à d’autres foyers, réservés aux formations de type tertiaire[5].

Ceci signifie que, chaque année, des étudiants, principalement ceux qui viennent d’autres régions, d’autres pays, passent plusieurs semaines à l’hôtel en attente d’un logement, voire finissent par renoncer à leur séjour.

De plus, cette situation nuit à l’attrait de Lausanne, à son image comme lieu de formation, sur le plan régional, national et même international. L’impact économique favorable de la présence des sites de formation n’est par ailleurs plus à démontrer, qu’il soit immédiat – l’impact financier net de la présence de l’UNIL dans le canton de Vaud avait, par exemple, été évaluée en 2007 à 128 millions de francs par année[6] – ou à plus long terme, à travers la création d’emplois et de valeur ajoutée engendrée par un fort taux de diplômés.

Une politique ambitieuse de logement des jeunes en formation contribuerait sans nul doute à fidéliser ceux-ci, et serait donc une façon de contribuer à garantir le dynamisme lausannois en termes économiques.

Par le préavis 2007/52, la Ville de Lausanne a fait un premier pas en direction d’un soutien à une offre de logements destinés spécifiquement aux jeunes en formation, en mettant le bâtiment rénové à la disposition de la Fondation Solidarité Logement pour les Etudiants (FSLE). Par ailleurs, le bâtiment de la rue du Valentin 27 a également été loué directement à cette Fondation pour y loger des jeunes en formation.

Il est temps de poursuivre dans cette direction et d’intégrer la situation particulière évoquée ci-dessus dans la politique du logement lausannoise. Cette intégration pourrait avoir lieu selon deux lignes directrices :

  • Il s’agirait de favoriser les modèles de gestion autonome par des organisations émanant des milieux concernés. En effet, loger des personnes en formation implique des contraintes spécifiques et mieux connues par les étudiants eux-mêmes : la courte durée des séjours d’étudiants en mobilité ou l’existence de longues périodes d’inoccupation estivale en sont deux exemples. A ce titre, la FSLE propose un modèle intéressant. Cette fondation émane de la Fédération des associations d’étudiants de l’UNIL (FAE), soutenue par l’UNIL, et fonctionne selon un modèle participatif qui prévoit, notamment, une représentation des locataires au sein du conseil de fondation.
  • La politique de logement étudiant devrait s’inscrire dans l’un des objectifs de la politique communale du logement telle que définie dans le préavis 2003/43, à savoir celui d’une plus grande mixité. A l’inverse de la logique des cités étudiantes en vigueur dans certains villes universitaires, il s’agirait ainsi d’intégrer des logements pour jeunes en formation au sein de lots mixtes, voire même de réserver un ou deux appartements de certains bâtiment aux jeunes en formation, en confiant la gestion à une structure adéquate telle que mentionnée au point précédent, de telles cohabitations pouvant également donner lieu à des échanges de services[7].

Le projet d’écoquartier aux Plaine-du-Loup se présente naturellement comme une bonne opportunité de réaliser ces objectifs, qui sont en adéquation avec ses principes généraux.

Conclusion

Par cette motion, la Municipalité est donc priée

  • d’intégrer la problématique spécifique du logement pour les jeunes en formation dans la politique communale du logement ;
  • de prévoir, dans le cadre de la réalisation de l’écoquartier des Plaines-du-Loup, des modalités d’intégration de logements pour jeunes en formation, en veillant à assurer la mixité ;
  • d’envisager le modèle selon lequel, dans un bâtiment, quelques appartements seulement sont destinés aux jeunes en formation, alors que le reste est en location sur le marché libre ou avec un loyer contrôlé ou subventionné ;
  • de privilégier des partenariats avec les structures émanant directement des milieux liés à la formation.

[1] Information donnée par Mme Gilberte Isler, responsable du service des affaires socio-culturelles de l’UNIL, dans 24 heures du 31 août 2011.

[2] EPFL : 5255 (EPFL 2010) ; UNIL : 12091 (UNIL 2010) ; HES-SO sites vaudois et HEP : 3258 (SCRIS 2009)

[3] On peut citer le Centre universitaire catholique, le foyer Planète Bleue, la Fondation Solidarité Logement pour les étudiants, les Estudiantines à l’EPFL ou encore le Cazard. Cependant, toutes ces offres ne sont pas toujours réservées aux étudiants. L’ALJF, dans le domaine des contrats de confiance, contribue également à loger des jeunes.

[4] UNIGE : 15057 (UNIGE 2010), HES-SO sites genevois : 4459 (StatistiqueGenève 2010)

[5] Dans ce même sens, le préavis 2003/43 considère les jeunes en formation comme un groupe ayant « besoin d’un soutien ponctuel ou d’un accompagnement temporaire qui leur permettra de résoudre leur problème de d’habitat ».

[6] Impact net : argent injecté dans l’économie vaudoise par l’UNIL déduction faite des subventions publiques. Etude du CREA, Délia Nilles, Janvier 2007.

[7] Ces échanges de services pourraient s’inspirer du fonctionnement de la maison Mivelaz, inaugurée en 2008 et où des familles cohabitent avec des personnes âgées qu’elles s’engagent à aider dans la vie quotidienne.

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