Interpellation – Si tout est bon dans le cochon, quelles garanties avons-nous que nos IGP soient exclusivement faites avec des cochons suisses ?

Stéphane Montangero, député – Interpellation déposée le 5 mars 2019

Le 24 janvier, nous célébrons l’indépendance vaudoise et, à cette occasion, avons entre autres pour tradition de manger notre fameux papet vaudois, accompagné de sa saucisse aux choux. Ce produit, tout comme son très proche cousin le saucisson vaudois, est protégé par l’indication géographique protégée (IGP), qui fait qu’ils répondent à un cahier des charges très strict, notamment concernant la matière première, à savoir les cochons. Or, il y a quelques semaines à peine, plusieurs pays de l’Union européenne ont tenté à nouveau de localiser de la viande de bœuf d’animaux malades en provenance de Pologne pour la détruire et en empêcher sa consommation.

Cet épisode vient rappeler que nous évoluons dans un monde où les denrées alimentaires voyagent de plus en plus et où leur traçabilité n’est pas évidente. Ainsi, selon le rapport agricole 2018[i] « les importations de viande destinée à l’alimentation humaine ont atteint 91’210 tonnes en poids prêt à la vente, en 2017, ce qui représente une diminution de 1 % au total. Ont décru notamment les importations de viande de porc (-1,6 %), de viande de mouton (-4,8 %) et de viande de volaille (-2,1 %). Les importations de viande de bœuf ont, quant à elles, augmenté de 2,9 %. Comme l’année précédente, la demande de morceaux nobles (par exemple le filet de bœuf, d’agneau ou de cheval, le blanc de dinde ou de poulet), n’a pas pu être entièrement satisfaite par la production indigène. Parmi les importations, on a notamment enregistré 22’579 tonnes de viande de gros bétail, 9948 tonnes de viande de porc et 44’313 tonnes de viande de volaille. »

Si l’on sait que la production indigène de viande porcine est très élevée (plus de 95%), il n’en demeure pas moins que près de 10 tonnes de porcs ont été importées en 2017, selon le rapport mentionné ci-dessus. Rappelons que les cahiers des charges de nos IGP que sont la Saucisse aux choux[ii] et le Saucisson vaudois[iii] sont très clairs, comme le stipulent, notamment les articles suivants :

  • Article 2 Aire géographique : l’aire géographique de la Saucisse aux choux vaudoise est le Canton de Vaud. La naissance, l’engraissement et l’abattage des porcs ont lieu exclusivement en Suisse.
  • Article 2 Aire géographique : l’aire géographique du Saucisson vaudois, respectivement du Saucisson vaudois sec, est le Canton de Vaud. La naissance, l’engraissement et l’abattage des porcs ont lieu exclusivement en Suisse.

Nous nous étions déjà inquiétés, il y a plusieurs mois, de la fermeture et des concentrations d’abattoirs, via interpellations Jean Tschopp (16_INT_630) et José Durussel (16_INT_592). Le Conseil d’Etat s’était voulu alors rassurant. Or, avec la fermeture des abattoirs de proximité, qui permettent les circuits courts, le contrôle des deux éléments ci-dessus paraît se complexifier. Si les producteurs artisanaux cherchent toujours des solutions au plus près du domaine où les bêtes sont nées et ont vécu, les géants de la grande distribution ont tendance à regrouper sur des sites uniques l’ensemble de leurs activités. Ainsi, il semble que ce soient ces mêmes lieux qui soient les points d’arrivée principaux des 10 tonnes que nous mentionnions précédemment. On est ainsi en droit de se demander si, dans ces grands abattoirs produisant des quantités énormes, la traçabilité est assurée de bout en bout et si on peut avoir la garantie qu’aucun porc provenant de l’étranger ne finisse pour tout ou partie dans une Saucisse aux choux ou un Saucisson vaudois. Car si normalement sur la carcasse un estampillage d’où vient le produit est obligatoire, qu’en est-il une fois la découpe effectuée ? Légalement, la traçabilité devrait être assurée, mais qu’en est-il dans les faits ? Comment s’assurer qu’il n’y a pas de mélange entre viandes provenant de sources variées ? Cette question est d’autant plus légitime que, toujours plus fréquemment hélas, la grande distribution fait mention, concernant les sources de provenance de viandes « Suisse / UE ». Comme si eux-mêmes étaient totalement incapables de pouvoir garantir la provenance helvétique de la viande.

En conséquence de ce qui précède, nous posons au Conseil d’Etat les questions suivantes :

  • Quelle est l’appréciation globale du Conseil d’Etat sur la situation actuelle en matière contrôle concernant les contrôles des IGP vaudoises, des deux susmentionnées en particulier ?
  • Le Conseil d’Etat peut-il assurer aux consommatrices et consommateurs que les saucissons vaudois IGP et saucisses aux choux vaudoises IGP sont produites conformément à l’article deux du cahier des charges susmentionné ?
  • Si oui, sur quelles garanties reçues peut-il s’appuyer ?
  • Si non, quelles mesures entend-il prendre rapidement pour y remédier ?

Nous remercions d’avance le Conseil d’Etat pour ses réponses.

[i] https://www.agrarbericht.ch/fr

[ii] https://www.blw.admin.ch/dam/blw/fr/dokumente/Instrumente/Kennzeichnung/Ursprungsbezeichungen%20und%20geografische%20Angaben/Saucisse-aux-choux-vaudoise-Pflichtenheft.pdf.download.pdf/Saucisse%20aux%20choux%20vaudoise%20Cahier%20des%20charges.pdf

[iii] https://www.blw.admin.ch/dam/blw/fr/dokumente/Instrumente/Kennzeichnung/Ursprungsbezeichungen%20und%20geografische%20Angaben/Saucisson-vaudois-Pflichtenheft.pdf.download.pdf/Saucisson%20vaudois%20Cahier%20des%20charges.pdf

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